Amandine Ardouin : libraire de passion et de combat

Photographie : Photokiff - Texte : Elisabeth Grosdhomme
Amandine Ardouin BAT

Pourquoi devient-on libraire à l’heure où le commerce en ligne ne cesse de prendre des parts de marché aux boutiques du coin de la rue ? Parce qu’on aime les livres, mais surtout parce qu’on aime les gens.

Amandine Ardouin s’est lancée dans l’aventure en 2008, tout juste âgée de 23 ans, en gérant puis en rachetant la librairie Saint-Pierre à Senlis. Un peu par tradition familiale (son père était libraire à Crépy-en-Valois et elle a toujours vécu parmi les livres) ; un peu par défi, « pour voir si j’y arriverais ». Son plus grand plaisir, c’est d’entendre ses clients s’échanger des conseils de lecture tout en farfouillant dans les rayonnages, de discuter avec eux pour comprendre leurs goûts et leur faire découvrir un nouvel auteur, de les voir sortir de la librairie avec un grand sourire, emportant avec eux un livre qu’ils ont choisi comme une promesse de rêve, de rire, d’émotion ou de frisson, alors même qu’ils étaient entrés chargés des soucis petits et grands du quotidien.

Lire c’est partager, comparer ses impressions de lecture avec les autres, leur recommander ses coups de cœur, s’intéresser aux œuvres qu’ils ont aimées. Dans sa librairie, Amandine voit défiler toutes sortes de lecteurs : les clients pressés et les clients qui prennent leur temps ; ceux qui savent précisément ce qu’ils veulent et ceux qui s’en remettent aux suggestions du libraire ; ceux qui viennent pour acheter et ceux qui viennent pour discuter.

Bon, mais être libraire ne consiste pas simplement à lire des livres toute la journée derrière son comptoir ou à discuter avec les gens. C’est aussi un métier de manutention : chaque semaine une soixantaine de cartons de livres à réceptionner, déballer, mettre en rayonnage ; jusqu’à cent vingt cartons en période de rentrée littéraire, en septembre et en janvier. Puis deux mois plus tard, remettre dans les cartons les volumes invendus et les retourner au distributeur.

Être libraire c’est aussi être entrepreneur et commerçant : se débattre avec les factures, les emprunts à rembourser, les salaires à payer à la fin du mois. Lorsqu’elle a repris la gestion de la librairie, Amandine était bien consciente de l’atonie de la conjoncture économique et de l’agressivité de la concurrence du commerce en ligne, mais elle pensait que ceci n’aurait qu’un temps : que la croissance économique reviendrait ; que les gens se lasseraient d’un commerce désincarné et reviendraient tôt ou tard dans les boutiques ; qu’il fallait simplement tenir assez longtemps et soigner la qualité de l’accueil, du conseil et du service rendu.

Quelques années plus tard, force est de constater que les beaux jours ne sont pas encore de retour. Alors Amandine est sortie de sa librairie et a décidé de s’engager au sein de l’association des commerçants de la ville, dont elle est devenue vice-présidente. Parce que face aux géants du web, les commerçants de quartier réussiront ensemble ou pas du tout.

Le combat sera-t-il gagné ? Il est trop tôt pour le dire mais Amandine n’est pas du genre à baisser les bras. Elle a des projets pour sa librairie : organiser des rencontres avec des auteurs ; développer le rayon des romans policiers, qui ont beaucoup de succès ; explorer les possibilités de vente en ligne. En attendant, elle considère que les épreuves que nous traversons, comme les livres que nous lisons, nous font grandir. Et elle se remémore le titre du roman qui l’a le plus marquée au cours des années récentes : « Je vais mieux » de David Foenkinos.

Themes :