Basile Piot : l’agriculture en courts-circuits

Photographie : Jérôme Prévost - Texte : Elisabeth Grosdhomme
Basile Piot BAT

Fils d’agriculteurs, Basile Piot n’ignore rien des difficultés du métier : les longues journées de travail, les maigres vacances, les aléas météorologiques ou encore la volatilité des cours. Pourtant c’est sans hésiter qu’il a choisi de poursuivre dans cette voie, avec simplement une conviction forte : il est possible de faire autrement, de rester fidèle à la vocation de cultiver la terre tout en transformant les pratiques.

A peine ses études terminées, il commence en 2012 par une première expérience, sur un modèle déjà éprouvé par d’autres, en créant une cueillette de fraises en libre-service à La Chapelle-en-Serval. Ses parents lui cèdent l’usage d’un morceau de leur terrain favorablement situé aux abords d’une route fréquentée ; il y plante des fraisiers, y installe une cabane pour accueillir les clients, peser leur cueillette et collecter le prix. Succès quasi-instantané. Un public composé principalement de retraités les jours de semaine, et de familles le week-end a répondu présent dès la première année, et grandit naturellement depuis lors par bouche-à-oreille et parce qu’il trouve ici, à prix modéré, des fruits qui ont du goût, cultivés en pleine terre et acheminés sans délai ni intermédiaires du champ à l’assiette.

Fort de cette première réussite, Basile en était à chercher des manières de développer son entreprise lorsqu’une rencontre de hasard lui fit découvrir en Belgique un concept inédit en France. A nouveau un concept de cueillette en libre-service, mais cette fois il s’agit de fleurs et surtout, la grande différence, c’est qu’il n’y a ni surveillance, ni présence, ni contrôle pour encaisser le prix, juste une tirelire placée sur le bord du champ – autrement dit une confiance pure et simple dans l’honnêteté des gens, dans le fait que ceux qui s’arrêteront pour couper des fleurs le feront proprement, sans saccager les cultures, et s’acquitteront scrupuleusement du prix de leur cueillette avant de partir.

La Belgique est certes un pays proche, mais culturellement plus différent qu’il n’y paraît. Est-ce que ce pari de la confiance, qui avait réussi là-bas, marcherait ici aussi ? D’abord sceptique mais suffisamment intrigué pour vouloir essayer, Basile décida d’expérimenter l’idée sur deux emplacements, à nouveau soigneusement choisis en bordure de voies très passantes, bien visibles de la route et où il était possible de s’arrêter sans danger. Pari gagné. Il y a bien sûr des incidents de ci de là, sans doute aussi des tricheurs qui se servent sans payer, mais dans l’ensemble les clients jouent le jeu : heureux qu’on leur fasse confiance, ils s’attachent en retour à respecter la règle ; et puis les fleurs sont un achat plaisir, pas un objet de convoitise et de vol.

Aujourd’hui Basile exploite huit champs, sous la dénomination Les Fleurs de Basile, chacun de la taille d’un terrain de football, plantés de variétés de fleurs différentes à la fois pour diversifier l’offre et pour étaler les revenus sur la plus vaste période possible en jouant sur la saisonnalité des diverses variétés : des tulipes dès la mi-mars, des glaïeuls, des tournesols et des dahlias jusqu’en novembre. De mars à octobre, Basile est principalement sur le terrain pour labourer, semer et entretenir les cultures. En hiver, c’est la période où il réfléchit à l’optimisation de la gestion et à la stratégie de développement.

Pour l’avenir, il se prépare à démarrer une nouvelle culture, d’asperges cette fois, qui serait commercialisée en vente directe sur le bord de route ainsi que proposée sur le site de la cueillette de fraises. Il compte aussi diversifier ses canaux de distribution en approvisionnant La Ruche Qui Dit Oui qui vient d’ouvrir à Senlis. A terme, il espère doubler le nombre de parcelles qu’il a en exploitation. Puis viendra le moment de reprendre la ferme de ses parents, et peut-être de la faire évoluer vers l’agriculture biologique ou l’agriculture de conservation, pour préserver l’environnement et pour trouver un modèle économique rentable.

Envers et contre tous les discours alarmistes sur la crise du secteur agricole, Basile Piot reste confiant : le territoire ici jouit de conditions très favorables, avec des terres fertiles, moins exposées que d’autres aux catastrophes climatiques et proches du grand bassin de consommation que constitue la région parisienne ; et puis les savoir-faire sont là qui permettent d’innover et de monter en gamme. Reste simplement à saisir la liberté d’entreprendre, d’expérimenter, d’oser des solutions nouvelles.

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