Cathy Le Mée : « Des K.O., j’en ai mis et j’en ai pris »

Photographie : Jérôme Prévost - Texte : Lucas Delattre
Cathy Le Mée - BAT

Senlisienne, Cathy Le Mée (30 ans) est championne du monde de « full contact » ou boxe américaine (kickboxing en anglais), un sport de combat qui se pratique avec les pieds et les poings, à mi-chemin du karaté et de la boxe anglaise, créé par des karatékas « frustrés de ne pas pouvoir travailler plus dur. »

« J’ai vécu le K.O., j’en ai mis et j’en ai pris », dit-elle. Dans le jargon des boxeurs, on appelle cela prendre un « ascenseur » ou une « grosse pêche. » « J’ai eu un traumatisme crânien, le nez cassé deux fois, plusieurs côtes brisées, les ligaments arrachés au niveau du coude, de multiples déchirures musculaires au biceps et au triceps … Ce sont des blessures classiques, normales. »

Un combat ne se termine pas forcément par un K.O., il peut se décider aux points. Toutefois les boxeuses doivent administrer un minimum de six coups de pieds par round, « sinon c’est trop facile, ça devient un combat de boxe anglaise ». Cathy a-t-elle peur quand elle monte sur le ring ? « Si je monte sur le ring et que je ne ressens pas la peur, ça risque de tourner mal, mais il ne faut pas non plus que ça me paralyse. » Heureusement, dit-elle, il y a un très bon suivi médical entre les combats. En cas de K.O., elle n’a pas le droit de pratiquer pendant un à trois mois pour permettre au corps de se remettre, « parce que mine de rien… ça n’est pas rien. » « Je ne pense pas être défigurée, donc ça va… Quand c’est bien fait, il n’y a aucun risque ».

Comme toutes les filles qui pratiquent ce sport, Cathy Le Mée dit « aimer la technique, alors que les mecs sont plus « rentre-dedans ». Les filles, elles, mettent en avant des qualités comme le sens tactique ou la fluidité des gestes, « cherchent la faille. » « Je suis trop gentille, c’est mon gros défaut », dit-elle, en ajoutant qu’elle n’est « pas là pour faire mal mais pour faire [sa] boxe. »

La passion de Cathy Le Mée lui a été transmise par son père, décédé en 2013. C’est pour honorer sa mémoire que la jeune championne continue à se battre et à animer le club des Serres de l’Aigle, à Senlis. Si elle réussit désormais « sans lui », c’est « pour lui » qu’elle a envie d’y arriver, « seule sur le ring, la meute derrière moi ».

Cathy boxe depuis l’âge de cinq ans, à raison de quatre à six heures d’entraînement tous les jours, sauf le dimanche. « Je suis quelqu’un de très nerveux, hyperactive, j’ai besoin de quelque chose pour me défouler ». Pour subvenir à ses besoins, elle est éducatrice au lycée Saint-Vincent ; elle s’y occupe des élèves de première : gestion des absences et des retards, animation d’une association sportive qu’elle a créée, dédiée aux sports de combat. Mais en parallèle, elle poursuit une carrière sportive professionnelle depuis 2011. Elle a déjà accumulé bien des victoires : championne d’Europe professionnelle en 2011, trois fois championne du monde depuis 2012, de nombreux titres obtenus au cours de galas internationaux, organisés parfois à Senlis, le plus souvent dans le cadre de la WAKO (World Association of Kickboxing Organizations).

Cathy Le Mée a intégré l’équipe de France en juillet 2016 et participé avec elle, en octobre et novembre 2016, à ses premiers championnats d’Europe amateur en Slovénie dans deux catégories (« light contact » et « full contact »), où elle a décroché une médaille de bronze.  Elle a l’ambition de gagner une nouvelle ceinture mondiale en 2017 avant sans doute d’arrêter la compétition.

La durée de la carrière d’une championne de « full contact » est aléatoire : « ça dépend si on sait encaisser ou pas mieux vous êtes entraînée, plus longtemps vous durez. » Cathy reconnaît être « plus sur la fin que sur le début » de son parcours de championne, après vingt-cinq ans de pratique et « des petites douleurs à droite et à gauche. »

Quel avenir pour elle à l’âge de la retraite sportive ? « Transmettre et faire monter les petits jeunes » grâce au club qu’elle anime et dont elle vante l’esprit ouvert et « sain ». Ce club de cent licenciés est pour elle comme une famille. « Il y a encore de belles choses à faire ».

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