Christian Baker : liberté, égalité, informatique

Photographie : Photokiff - Texte : Elisabeth Grosdhomme
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Que se passe-t-il lorsque l’informatique rencontre la philosophie des Lumières ? Autrement dit : que se passe-t-il quand un jeune informaticien, diplômé par ailleurs de sciences politiques, décide de marier ses compétences techniques et ses convictions politiques ? Il en naît un « Coder Dojo », un atelier d’initiation au codage informatique, lancé avec succès à Creil l’an dernier et qui sera dupliqué à Senlis cette année.

Revenons un peu en arrière. Christian Baker a deux passions : l’informatique et la philosophie politique.

Côté pile, l’informatique est son métier : le paramétrage de ces progiciels complexes que les grandes entreprises déploient pour gérer leurs achats, leurs ventes, leurs stocks, leurs ressources. Paradoxalement, cette compétence qui est devenue aujourd’hui sa profession, personne ne la lui a enseignée : il l’a apprise tout seul, en autodidacte, d’abord en bidouillant, adolescent, sur l’ordinateur familial, puis en se formant par des tutoriels, des lectures, et par l’expérience.

Côté face, la philosophie politique, c’est la discipline qu’il a étudiée à l’université d’Edimbourg et à Sciences Po Grenoble. S’il doit n’en retenir qu’une seule chose, c’est le mouvement des Lumières – cette école de pensée qui, au dix-huitième siècle, a inspiré l’avènement de l’Europe moderne et dont il juge les principes plus actuels que jamais : l’émancipation des individus par la raison et l’importance de la société civile, de la vitalité des liens d’entraide et de solidarité entre les hommes, au-delà des institutions.

Fort de son savoir technique et de ces valeurs philosophiques, Christian Baker s’est forgé une conviction : il importe de former les jeunes à la programmation informatique afin qu’ils ne soient pas de simples consommateurs des technologies numériques qui envahissent leur vie, mais en deviennent réellement maîtres.

Alors Christian s’est retroussé les manches. Il a repéré une fondation philanthropique d’origine irlandaise, nommée Coder Dojo, qui met à disposition une méthodologie « en kit » pour organiser des ateliers d’initiation au codage informatique. Il a ensuite pris contact avec le club Rotary de Senlis et les clubs Rotary et Rotaract (la version junior du Rotary) de Chantilly pour réunir les moyens nécessaires à la création d’un atelier. Enfin il est allé présenter le projet au proviseur du lycée Jules Uhry et aux principaux des collèges Jean-Jacques Rousseau et Jules Michelet à Creil, qui tous trois se sont montrés intéressés.

Et voilà : durant toute l’année scolaire 2015-2016 un atelier par mois, le samedi matin, qu’il a animé avec un ami, où sont venus bon an mal an dix à quinze adolescents ; un groupe Facebook pour cultiver l’esprit collectif dans l’intervalle. Et au total, la fierté de voir les enfants capables, au bout de quelques séances, de coder en Scratch, en Javascript et en html, d’écrire un programme et de créer un site web ; la satisfaction surtout de constater qu’ils ont appris à développer un raisonnement logique, à travailler en équipe et à défendre leurs idées devant leurs pairs ; et le bonheur de voir l’un d’entre eux, particulièrement brillant, obtenir une bourse pour participer, en Irlande, à une compétition de tous les « Coder Dojos », présenter son projet en anglais et figurer dans la sélection finale du jury.

Fort de ce succès, Christian Baker travaille à présent à la création d’un deuxième Coder Dojo, à Senlis cette fois. Il a obtenu le soutien du Rotary, à nouveau, pour l’acquisition du matériel ainsi que l’accord de la mairie pour accueillir les ateliers au sein du CEEBIOS, le campus d’innovation de la ville. Il aimerait en outre organiser une déclinaison du programme spécialement pour les filles afin de surmonter leur hésitation, à cet âge délicat de l’adolescence, à se mêler à des groupes majoritairement peuplés de garçons.

Derrière tout cet engagement personnel pour aider les jeunes à grandir, c’est un peu de la fibre paternelle de Christian Baker qui transparaît : ses deux enfants tiennent une place essentielle dans sa vie. Comme beaucoup de pères divorcés, il en a la garde seulement une semaine sur deux mais, au-delà de cette présence intermittente, c’est pour eux qu’il s’investit à Senlis alors que son métier pourrait l’appeler ailleurs, c’est en pensant aussi à eux qu’il veut aider cette génération à prendre son envol.

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