Cyril Jacquelin : Bienvenue au LABio

Photographie : Photokiff - Texte : Lucas Delattre
Cyril Jacquelin - BAT

Cyril Jacquelin (30 ans) est ce qu’on appelle aujourd’hui un « maker ». Dans un atelier qui ressemble à celui de Géo Trouvetou, à Senlis, il travaille à plusieurs projets en même temps. Sur une table, on aperçoit une main artificielle en cours de fabrication à partir d’un projet de robot en « open source », auquel contribuent des dizaines d’autres personnes en France et partout dans le monde. Mais laissant un instant de côté sa passion pour la robotique humanoïde, Cyril s’est aussi lancé dans la réalisation d’un automate beaucoup plus prosaïque : un distributeur automatique de croquettes pour chats. Depuis que sa femme, vétérinaire, lui a parlé du besoin de mieux réguler le régime alimentaire des animaux de compagnie, il cherche « à optimiser la distribution des croquettes en travaillant sur la mesure précise de leur grammage ». Même un sujet apparemment anodin comme celui-là demande « beaucoup de réflexion en amont et ça prend du temps ».

L’atelier accueille aussi d’autres « makers », par exemple un garçon de 12 ans qui vient ici avec son père pour se livrer à une expérimentation singulière : sur la base d’une structure en bois, un petit train-jouet s’apprête à effectuer une descente vertigineuse sur un plan incliné équipé de poulies et de roues. « En fonction de l’inclinaison de la pente, il veut quantifier la masse embarquée, mesurer le temps de descente du système entre le point haut et le point bas, et ainsi calculer le frottement de l’objet sur la surface ». Des dizaines de projets se côtoient dans cette salle d’une ancienne caserne du Quartier Ordener, où s’entassent des outils de toutes sortes : scies, perceuses, meules, imprimantes 3D, … mais aussi des équipements pour l’électronique (cartes Raspberry, cartes Arduino, oscilloscopes, insoleuses UV, bain et four pour cartes électroniques, fers à souder), sans oublier une dizaine de postes informatiques.

Bienvenue au LABio, Laboratoire Associatif de Biomimétisme, que Cyril Jacquelin a co-fondé avec trois autres ingénieurs à la fin de 2015. L’association a pour but « d’offrir un espace de travail et des ressources communes destinés à la réalisation de projets personnels ou coopératifs », mais aussi « de développer et encourager la démarche de biomimétisme », tout en « agissant pour la promotion des sciences et techniques auprès du grand public ». Elle est hébergée par le CEEBIOS (Centre européen d’excellence en biomimétisme) contre un faible loyer, en échange de collaborations diverses.

De par son implantation au CEEBIOS, le LABio effectue prioritairement des recherches en biomimétisme, d’où par exemple ce projet de main artificielle, et peut ainsi être qualifié de bio-hackerspace, mais dans les faits, « on peut travailler ici sur toutes sortes de choses ». En d’autres termes, c’est un « fablab », un atelier ouvert à tous, permettant à chacun de réaliser des projets scientifiques dans un esprit collaboratif. Le local est bien équipé pour les micro-expérimentations dans les domaines mécanique et électronique ; en revanche, la chimie nécessite des précautions de sécurité qui ne peuvent guère être mises en oeuvre dans un espace ouvert au grand public.

Passionné de robotique depuis la terminale, Cyril Jacquelin a forgé sa vocation grâce à la littérature et au cinéma, de Jules Verne à Terminator 2 en passant par Isaac Asimov. Ce qui l’intéresse dans la robotique, au-delà du point de vue technique, c’est « le lien avec l’humain, l’interaction homme/machine, les risques et les chances pour l’humanité, l’avenir du travail ».

Avec un double diplôme obtenu en 2011 (un master de recherche en robotique et un diplôme des Arts et Métiers), il a effectué son premier travail de recherche sur la « re-conception d’une cheville de robot humanoïde dans des proportions anthropomorphes ». Ensuite, il est entré au CETIM (Centre technique des industries mécaniques) à Senlis, où il exerce toujours ses fonctions de chef de projet en robotique, avec pour mission de monter des structures et des projets de recherche et développement communs aux différents laboratoires du centre. « Je fais du développement plus que de la recherche, en lien étroit avec les industriels », explique-t-il. Ses deux axes de travail sont les procédés robotisés (usinage, couple outil-matière) et la robotique collaborative (lien social, acceptabilité, aide à l’opérateur en usine, valorisation de l’opérateur).

Et s’il fallait résumer tous les aspects de ses multiples activités ? « Je travaille au point de rencontre entre la science et l’industrie, entre la recherche et le marché, entre la théorie et la pratique. En France, on est en tête de peloton sur le plan intellectuel, mais les robots allemands marchent, quand les nôtres « marchottent ». »

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