David Rempenault : trois cents ruches, trois forêts, un savoir-faire

Photographie : Jérôme Prévost - Texte : Elisabeth Grosdhomme
David Rempenault - BATC

David Rempenault est apiculteur.

Il y a quelques années encore l’apiculture n’était guère un métier, plutôt une activité annexe largement pratiquée dès lors qu’on sortait des grandes villes. Jusque dans les années 1990, 80% de la production de miel française était le fait d’amateurs. Dans chaque village, le curé, l’instituteur et quelques habitants avaient une ruche au fond du jardin, qui produisait sans difficulté une trentaine de kilogrammes de miel par an.

Depuis lors, la pollution, l’usage massif des produits phytosanitaires, la baisse de la biodiversité, le développement de prédateurs comme le frelon asiatique ont profondément changé la donne. De 40.000 tonnes annuelles il y a vingt ans, la production de miel en France est tombée aujourd’hui à 10.000 tonnes. Entretenir une ruche demande infiniment plus de soins et de connaissances que naguère.

David Rempenault fait partie de cette nouvelle génération d’apiculteurs, plus formés, plus professionnels. Titulaire d’une maîtrise de biologie et d’un DESS en sciences de l’environnement, il a d’abord travaillé brièvement comme hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Puis à la faveur d’un séjour dans le Gard, au contact d’un voisin apiculteur, il a décidé de se consacrer aux abeilles.

Il s’est d’abord formé, en passant le brevet professionnel d’exploitant en apiculture. Six mois de cours théoriques, puis un stage qu’il a effectué dans le Parc des Ecrins, entre Gap et Grenoble, auprès de l’un des professionnels les plus réputés, Gérald Tiron, auprès de qui il a appris tout ce qui ne s’apprend pas dans les livres.

C’est là aussi que David a commencé à monter son cheptel, avant de se décider à revenir à Senlis, d’où il est originaire. En Picardie, le climat est certes moins favorable pour l’apiculture, avec une saison moins chaude, plus courte, davantage soumise aux aléas de la météo, mais en contrepartie, David y voyait deux avantages : un travail mieux étalé sur l’année, avec une période de production de mars à septembre, puis une période consacrée à la commercialisation d’octobre à février ; et puis tout particulièrement ici à Senlis, un environnement protégé grâce au Parc naturel Oise Pays de France, qui couvre les forêts d’Halatte, Ermenonville et Chantilly, et ce faisant un environnement indemne de traitements pesticides.

En 2005, David Rempenault a donc remonté des Alpes de Haute-Provence en Picardie les quinze ruches qu’il possédait alors et a commencé à développer son exploitation, tout en donnant des cours de mathématiques au lycée professionnel de Saint-Maximin pour gagner sa vie. En 2007, l’activité apicole commençant à prendre de l’ampleur, il a créé sa société, le Rucher des Trois Forêts ; puis en 2012, ayant franchi le cap des 200 ruches, il est devenu apiculteur professionnel à plein temps.

Les ruches demandent une surveillance constante. Hors saison, David les installe sur le terrain de propriétaires qui lui en donnent l’autorisation, typiquement dans le parc d’un château dont il rémunèrera l’hospitalité par des pots de miel. Ensuite, durant la saison, il faut déplacer régulièrement les ruches pour les installer au plus près des floraisons intéressantes, sachant que les abeilles butinent dans un rayon de cinq kilomètres maximum autour de leur ruche. Il y a d’abord le miel de printemps, dit « miel toutes fleurs », butiné en pleins champs, le miel d’acacia, le miel de forêt, essentiellement butiné sur les ronces, enfin le miel de tilleul.

La Picardie est particulièrement réputée pour son miel de tilleul, protégé par une IGP (Indication géographique protégée). Lorsque vient la saison, de mi-juin à mi-juillet, plus de 10.000 ruches sont apportées ici de toute la France.

David vend son miel de Paris à la côte picarde, via des restaurants et des boutiques spécialisée – pas en grande surface car les relations commerciales y sont trop dures, les quantités à livrer trop importantes et la concurrence de produits importés, avec des normes de qualité bien moindres mais aussi des prix beaucoup plus bas, trop frontale.

Pour l’avenir, il aimerait faire grandir son exploitation, passant de 300 à 500 ruches environ, mais surtout la répartir sur deux sites : l’un qui resterait ici en Picardie, l’autre dans le sud afin d’éviter les risques liés au climat. Car une saison humide ou froide, c’est tout de suite une production de miel qui chute et des revenus qui s’effondrent. Diversifier les sites, c’est diversifier les aléas météo et pouvoir envisager la saison plus sereinement.

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