Emmanuel de La Bédoyère : l’hôtelier perché

Photographie : Photokiff - Texte : Elisabeth Grosdhomme
Emmanuel de La Bédoyère - BATC

Emmanuel de La Bédoyère s’inscrit dans une longue tradition : sa famille est propriétaire du château de Raray depuis dix générations. Mais chaque génération ne s’est pas contentée d’hériter de la précédente : elle a entrepris, investi, innové, ne serait-ce que pour pouvoir conserver et transmettre ce patrimoine.

Ainsi, à la génération qui précède celle d’Emmanuel, son père et son oncle ont restauré le château, qui avait été dévasté pendant la seconde guerre mondiale et ne servait plus que de germoir à pommes de terre ; ils ont aussi créé un terrain de golf pour redonner vie au domaine.

En 2010, Emmanuel à son tour a repris le flambeau. Il a laissé de côté la carrière qu’il avait commencée comme banquier d’affaires à Paris et a racheté l’exploitation agricole familiale où sont cultivés des céréales, des betteraves, des pois, des pommes de terre et des oignons. Mais il fallait trouver autre chose encore pour valoriser les alentours du château. C’est en 2013 qu’est née l’idée, qui paraissait alors un peu folle, d’aménager un hôtel qui serait composé de cabanes perchées dans les arbres du parc.

Au hasard d’une visite en Franche-Comté, Emmanuel rencontre Gaspard de Moustier, un entrepreneur à l’esprit créatif, lui aussi préoccupé de faire vivre un domaine familial, et découvre Les Cabanes des Grands Lacs, un concept d’hôtellerie qu’il a développé localement, consistant en des cabanes en bois posées sur l’eau et dans les arbres.

Le concept était là ; encore fallait-il l’adapter au contexte de Raray – un parc aux arbres centenaires, voire bicentenaires, aux abords d’un monument historique classé ; une proximité de Paris qui a pour corollaire une clientèle exigeante en termes de confort et d’expérience de service.

S’ensuivent deux ans d’études techniques (pour identifier les arbres adéquats et concevoir les cabanes), de démarches administratives (pour obtenir les autorisations et certificats de conformité de tout poil) et surtout de travaux de viabilisation d’autant plus complexes à réaliser qu’ils devaient, une fois accomplis, devenir invisibles (deux kilomètres de réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement pour amener le confort au sommet des arbres sans laisser de traces).

En 2015, enfin, Emmanuel de La Bédoyère et Gaspard de Moustier, devenu associés, inaugurent les Cabanes des Grands Chênes, avec les huit premières cabanes. Quatre autres viendront s’ajouter en 2016 et encore cinq en 2017. Chaque cabane est construite sur mesure pour l’arbre qui l’accueille, les unes dans un style traditionnel, les autres d’une architecture plus sophistiquée, œuvre d’un designer italien, Marco Lavit. Chacune dispose d’une chambre, d’une salle de bains, d’une terrasse et même d’un « bain nordique », un spa d’eau chaude en plein air. Les petits-déjeuners et les dîners sont apportés au pied des arbres dans des paniers, que les hôtes peuvent remonter jusqu’à eux grâce à une poulie. Et à vrai dire, malgré les multiples possibilités de sorties et de visites qui sont proposées aux alentours, les clients se trouvent si bien en haut de leur arbre que, pour la plupart, ils n’en descendent quasiment pas au cours de leur séjour, généralement l’espace de deux ou trois jours.

La saison va de mars à novembre et attire une clientèle venant pour un petit tiers du territoire avoisinant, pour un gros tiers de Paris et de l’Ile de France et enfin pour le dernier tiers de Belgique, de Hollande et du Nord de la France. Pendant cette période, c’est une présence et une attention de tous les instants, à la tête d’une équipe de neuf salariés. Et puis quand vient l’hiver, l’hôtel ferme et c’est le moment des travaux, des investissements et des projets.

Forts de cette réussite, Emmanuel et Gaspard ont lancé deux autres sites hôteliers sur le même concept : les Cabanes des Grands Reflets en Franche-Comté en 2016 et tout récemment les Cabanes des Grands Cépages, près d’Avignon. Les ingrédients du succès sont toujours les mêmes : un lieu d’exception, qu’il s’agisse d’un bois, d’un lac ou de tout autre site naturel préservé ; une qualité de service irréprochable, qui va provoquer l’émerveillement et la surprise dès le premier instant car, s’agissant de courts séjours, on a peu de temps pour séduire et convaincre ; et une expérience enracinée dans un terroir singulier. Et puis derrière tout cela, la curiosité, la passion de la nature et le goût du défi de deux entrepreneurs bouillonnants d’initiative.

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