Estelle Francès : l’art pour « ouvrir des portes vers des chemins où nous n’irions pas »

Photographie : Photokiff - Texte : Elisabeth Grosdhomme
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Estelle Francès et son mari Hervé sont tous deux entrepreneurs. Hervé dirige Oko, une agence de conseil en communication qu’il a créée il y a plus de vingt ans et hissée au rang des principales agences indépendantes en France. Estelle, après un début de carrière dans le marketing automobile, a fondé en 2004 Arroi, une société d’ingénierie culturelle, dont le but est d’aider les entreprises à construire leur politique de mécénat et d’investissement philanthropique.

Mais surtout, tous deux sont passionnés d’art contemporain. Ensemble, ils ont constitué au fil du temps une impressionnante collection de peintures, dessins et sculptures. Six cents œuvres environ, acquises au gré de leurs coups de cœur, sans stratégie prédéfinie, en prenant simplement pour guide leurs goûts partagés (« nous décidons à deux ») et la conviction que l’oeuvre n’est pas là pour complaire, mais pour provoquer une réflexion, un débat, voire une controverse, « nous ouvrir des portes vers des chemins où nous n’irions pas ».

Et puis un jour, précisément parce qu’ils croient que l’art a un rôle à jouer dans la société, s’est imposée à eux l’idée qu’un tel trésor devait être partagé. C’est ainsi qu’ils ont créé une fondation à leur nom, la Fondation Francès, destinée à ouvrir leur collection au public. Hervé en assure la présidence, Estelle en a pris la direction et y consacre aujourd’hui une bonne part de son temps.

Il a fallu d’abord trouver un lieu : une maison ancienne, patiemment restaurée pendant deux ans, dans le centre-ville de Senlis, en faisant le pari de démontrer que la création contemporaine a toute sa place dans un lieu historique et patrimonial, nous parle tout autant de nos racines et de notre identité que les monuments du passé, et sera demain, elle aussi, un chapitre de l’histoire de l’art.

Ensuite a commencé une courbe d’apprentissage faite d’essais, d’erreurs et d’ajustements pour trouver comment amener les œuvres vers le public. Au début, l’effort était exclusivement porté sur les expositions : trois accrochages par an dans les locaux de la Fondation. Puis il est devenu clair qu’il valait mieux ralentir le rythme – désormais une seule exposition par an – mais consacrer plus d’énergie à projeter la Fondation hors les murs.

C’est ainsi qu’Estelle a progressivement développé le prêt d’œuvres à des lieux tiers et surtout des programmes pédagogiques. L’expérience a débuté durant l’année scolaire 2015-2016 avec le lycée professionnel Amyot d’Inville, à Senlis ; elle sera démultipliée en 2016-2017 dans une dizaine d’établissements scolaires de l’Oise. L’idée est simple : identifier avec les chefs d’établissement et les professeurs des thématiques un tant soit peu sensibles qu’ils aimeraient pouvoir aborder avec leurs élèves – typiquement l’identité, le genre, le respect, le corps, … – et construire, en piochant dans les œuvres de la Fondation ou plus largement dans le corpus que peut offrir l’histoire de l’art, un programme de découverte, de réflexion et de débat autour d’œuvres choisies.

Le prochain défi à l’agenda d’Estelle Francès, c’est le lancement en 2017 d’une résidence d’artistes à Senlis autour du thème de l’art « bio-inspiré ». Soutenu par le conseil régional et la ville de Senlis, le projet sera accueilli au CEEBIOS, le campus d’innovation dédié au bio-mimétisme installé dans l’ancien « Quartier Ordener ». Quatre artistes seront sélectionnés pour y participer. Ils auront accès aux entreprises partenaires pour poursuivre leurs projets personnels ; en échange, ils s’engagent à créer une œuvre collective qui restera sur place. Une illustration emblématique de ce pour quoi s’engage Estelle Francès : tisser ensemble l’art, l’entreprise et la société.

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