Georges Robert : un chasseur sachant sonner

Photographie : Photokiff - Texte : Elisabeth Grosdhomme
BAT - Georges Robert

« Aucun défaut mais rempli de vices. » C’est ainsi que Georges Robert, reprenant des propos qu’il prête à son épouse, se présente dans un sourire.

Il est chasseur, pêcheur, cavalier, sonneur de trompe et photographe animalier – observateur insatiable de la forêt et de ses animaux, conteur intarissable des rituels de la chasse à courre, capable de passer des heures entières à l’affût, parfois pour chasser, mais souvent pour le seul plaisir de saisir sur le vif le passage d’un chevreuil ou le brame d’un cerf.

C’est une passion dont il a hérité. Georges Robert est le fils de Georges Robert, petit-fils de Georges Robert, arrière-petit-fils de Georges Robert, arrière-arrière-petit-fils de Georges Robert et aussi le père de Georges Robert. Sur six générations, les fils aînés de la famille Robert se sont tous prénommés Georges. Autant dire que, dans cette famille, la tradition compte. Et ce qui se transmet ainsi de père en fils, ce sont des valeurs – la droiture, la politesse, la correction dans l’expression, le comportement ou simplement la tenue (Georges Robert avoue en riant qu’il met même une cravate pour tondre sa pelouse) ; ce sont aussi des pratiques, au premier rang desquelles la chasse.

Dès sa plus tendre enfance, Georges Robert a suivi son père en forêt : l’été à la pêche, l’hiver à la chasse. Georges Robert père portait son fils dans un sac à dos qu’il avait percé de trous pour laisser passer les jambes. Ensemble ils suivaient les « laisser courre », prémices de la chasse où les chiens entraînent les hommes sur la voie des grands animaux ; et le père enseignait au fils la signification des diverses fanfares sonnées par les veneurs qui, à la manière d’un langage codé, sont destinées à communiquer des informations aux membres de l’équipage.

Georges Robert est bien conscient de la réprobation que suscitent la chasse en général et la chasse à courre en particulier. Il n’est pas rare qu’il se fasse insulter par des automobilistes lorsqu’il assure la sécurité en forêt sur le passage d’un équipage, et il a été amené à maintes reprises à défendre son point de vue dans des débats parfois houleux. Dérogeant pour une fois à son vocabulaire châtié, il explique par une métaphore la différence entre chasser et tuer : « c’est comme la différence entre faire l’amour et b… ». Les veneurs (tel est le nom qu’on donne à ceux qui pratiquent la chasse à courre) respectent les animaux et veillent à limiter leurs prélèvements : un seul animal pour une journée entière de chasse. Ils ne portent d’ailleurs pas d’arme, ce sont les chiens qui chassent. Enfin la chasse à courre se pratique dans le cadre très strict d’équipages qui prennent soin de la bonne gestion de leur territoire de chasse, en ce compris l’équilibre des espèces animales qui y vivent.

La chasse à courre n’est autorisée que quelques mois dans l’année, de septembre à mars. Mais Georges Robert en prolonge les rituels par le son. Il a constitué un groupe de trompes, les « Trompes du Flanache », et sonne dans les circonstances les plus diverses, depuis les fêtes de villages jusqu’aux cérémonies officielles dans les châteaux et grands hôtels avoisinants.

Pour les chasseurs, la trompe de chasse est un langage. Il existe cinquante-deux fanfares permettant de désigner l’animal chassé (cerf, chevreuil, sanglier, …), de préciser la situation dans laquelle il se trouve (par exemple s’il a sauté dans un étang pour brouiller la voie des chiens), ou encore de signaler tel évènement critique dans le déroulement de la chasse (notamment l’hallali, lorsque l’animal est pris). A cela s’ajoutent les fanfares traditionnelles, associées au territoire où l’on se trouve, et les fanfares personnelles, compositions propres à chaque membre d’un équipage et qui sont, en quelque sorte, sa signature sonore.

C’est tout ce répertoire que Georges Robert aime à sonner. Il y attache d’autant plus de prix qu’il a dû apprendre ou ré-apprendre trois fois la pratique de la trompe : une première fois quand il a débuté ; une deuxième fois suite à un accident, un cheval qui l’a percuté alors qu’il était à pied, provoquant une double hernie cervicale ; une troisième fois enfin après qu’une tumeur cérébrale lui eut infligé une paralysie faciale. La tumeur fut opérée ; la rééducation dura trois ans, et sonner, pour lui, aujourd’hui, c’est aussi célébrer une victoire sur la maladie.

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