Jean-Michel Mataigne : de logique et d’intuition

Photographie : Camille Noyon - Texte : Julien Damon
Jean-Michel Mataigne BAT

Ingénieur en physique appliquée, formé à la prestigieuse université de Louvain-la-Neuve en Belgique où, dit-il, « on s’amuse tout autant qu’on apprend », Jean-Michel Mataigne est chercheur chez Arcelor Mittal. Ses travaux visent à étudier les propriétés physiques et chimiques des matériaux, et tout spécialement à améliorer les procédés de galvanisation, cette technique consistant à recouvrir l’acier de zinc afin de prévenir la corrosion.

Côté jardin, il est aussi joueur d’échecs, et même président du club d’échecs de Senlis, fort de trente-cinq adhérents qui chaque semaine s’entraînent et s’affrontent dans un tournoi interne amical. Jean-Michel Mataigne trouve à ce jeu beaucoup de beauté. « Une combinaison réussie, c’est toujours quelque chose de joli. » Gagner la partie est important, certes, mais la manière compte beaucoup.

Le jeu d’échecs relève d’un mélange de rigueur mathématique et d’intuition artistique. « Pratiquer les échecs, c’est aussi riche que la musique ou la peinture. » Il existe d’ailleurs des ouvrages entièrement consacrés aux parties des grands maîtres, comme des recueils de partitions ou des archives d’études préparatoires aux chefs d’œuvres des plus éminents artistes.

La rigueur naît de la discipline qu’on s’impose à l’entraînement, désormais souvent contre des ordinateurs qui ne pardonnent aucune faute. L’intuition, c’est ce flair, difficile à qualifier, grâce auquel un joueur sent qu’une partie peut basculer, qu’une combinaison gagnante se cache dans la position.

Jean-Michel Mataigne aime participer aux compétitions. Il fut un temps, lorsque son agenda professionnel lui laissait davantage de liberté, où il parvenait à s’entraîner une à deux heures par jour : il s’est alors approché du niveau d’un maître mais sans réussir à s’y maintenir. Aujourd’hui, dit-il, il comprend mieux le jeu qu’à l’époque mais il lui est plus difficile de soutenir l’effort de concentration qu’exige une partie en compétition, cinq à six heures d’affilée d’attention sans faille.

Quoi qu’il en soit, il joue toujours avec plaisir, parfois en équipe pour faire vivre l’esprit collectif du club. Il aime aussi regarder les parties jouées par les champions, et en mémoriser les suites de coups qu’il se repasse ensuite en mémoire à ses moments perdus. « On n’a pas forcément besoin d’un échiquier et de pièces pour jouer, ni même d’adversaire ou d’ordinateur. On peut faire et refaire les parties mentalement, en se remémorant les coups, les moments, les stratégies. »

Quelle que soit la part de mémoire et d’apprentissage, chaque partie que l’on joue est nouvelle, chaque position à considérer d’un œil neuf. C’est là que le savoir-faire du joueur d’échecs rejoint le travail du chercheur : décrire le problème en utilisant les connaissances acquises, mais aussi laisser libre cours à son imagination pour trouver des idées inédites. Quand il conduit ses recherches sur la galvanisation, Jean-Michel Mataigne raisonne sur l’écoulement du zinc, déposé à l’état liquide sur la surface solide de l’acier : pour trouver des procédés permettant de maîtriser au mieux cet écoulement, il faut parfois s’échapper vers d’autres domaines, se nourrir d’analogies comme l’écoulement des larmes de vin sur les parois d’un verre ou la courbure de la surface de l’eau sous les pas d’un insecte.

Son métier de chercheur a amené Jean-Michel Mataigne à Senlis, au gré d’une affectation sur le site de l’entreprise Sollac, entretemps devenue Arcelor Mittal, à Montataire. Il y reste à présent malgré le déménagement de son laboratoire à Metz, en multipliant les allers-retours et en pratiquant occasionnellement le télétravail. Pourquoi ? « Mais parce que c’est beau ! » Et c’est avec fierté qu’il fait découvrir la ville, ses rues pavées, ses églises, ses édifices anciens, à sa famille, pour partie belge, pour partie australienne, qui vient et revient toujours ici avec plaisir.

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