Laurence Welten, l’équitation comme chemin vers soi

Photographie : Photokiff - Texte : Elisabeth Grosdhomme
BAT - Laurence et Joost Welten

C’est l’histoire d’une adolescente solitaire, un peu rebelle, avec les nerfs à vif, qui s’éprend d’amitié pour un cheval sauvage. Six mois pour arriver à le caresser, encore trois mois pour parvenir à lui passer un licol autour du cou. Puis, sans argent pour acheter ni selle, ni filet, monter à crû, avec une seule ressource pour diriger l’animal : la maîtrise de son propre corps jusqu’à pouvoir communiquer sa volonté par une simple impulsion des jambes ou un changement d’équilibre du buste.

De tels débuts expliquent la suite. Là où certains pratiquent l’équitation comme un moyen de parader ou de se divertir, prétendent monter à cheval comme ils conduiraient une mobylette, Laurence Welten en fait une quête spirituelle, un exigeant travail sur soi pour pouvoir établir un lien avec l’autre.

Elle maîtrise parfaitement l’équitation officielle, plus formelle, souvent plus violente vis-à-vis des animaux, pour avoir passé tous les degrés et diplômes des sociétés hippiques, et tenu son rang dans les concours équestres qui rythment la vie des cavaliers. Mais sa pratique du cheval, celle qu’elle essaie aujourd’hui de faire partager, c’est autre chose : un accord des volontés entre deux êtres libres, l’échange entre un animal qui apporte à l’homme sa puissance et un cavalier qui en retour lui offre sa protection, le rend capable de sauter des obstacles vertigineux, traverser des cercles de feu et se jeter vers l’inconnu. Seulement, pour que l’échange fonctionne, il faut que le cavalier soit en paix avec lui-même, ait maîtrisé ses propres peurs, sans quoi le cheval les sentira et les lui renverra sous forme d’une ruade ou d’un refus d’obstacle.

Après des années passées à dresser et soigner les chevaux ici et là, Laurence Welten a fondé il y a six ans son propre haras avec l’aide de Joost, son mari. Elle y accueille et y ramène à la vie nombre d’animaux que l’on croyait perdus pour l’équitation : trop imprévisibles, trop dangereux, trop vicieux, trop bancals. En les montant jour après jour à sa manière à la fois ferme et sensible, elle rétablit leur équilibre, restaure la relation avec leur cavalier. Reconstruire une telle complicité, tissée de confiance et de liberté partagées, est le plus grand bonheur que lui apporte son métier.

Quand elle n’est pas sur un cheval, Laurence Welten est sur les planches, dans une troupe de théâtre amateur. Là où quiconque verrait deux activités bien distinctes, elle voit une continuité : quand un acteur endosse un rôle que le metteur en scène lui confie, souvent aux antipodes de ce qu’il est dans la vie quotidienne, il explore des émotions, des facettes de lui-même qu’il ne connaissait pas. Sur scène comme sur selle, c’est la même discipline : trouver sa propre vérité pour pouvoir s’ouvrir à l’autre.

Pour demain, Laurence Welten a un rêve : que cette approche de l’équitation dont elle a démontré la viabilité et les résultats à l’échelle de son haras s’étende à dix, vingt, cent autres écuries en France ; que l’équitation redevienne ainsi une éthique et un art de vivre, pas une distraction d’enfant gâté ou d’adulte en mal de sensations fortes.

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