Liliane Germini : faire un « petit quelque chose » tous les jours pour les autres

Photographie : Camille Noyon - Texte : Lucas Delattre
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Liliane Germini a beau avoir fait carrière dans le cadre austère des services juridiques d’une société d’autoroute, elle n’a jamais exercé son métier de façon distanciée ou purement technique. Derrière les contrats d’assurance, les réclamations clients, les dépôts de plainte et les questions de responsabilité civile, elle a toujours vu d’abord des vies à prendre en compte.

Ce qui est vrai dans les actes de la gestion quotidienne l’est plus encore dans les événements dramatiques qui surgissent régulièrement dans la routine d’une autoroute : le braquage à main armée du péage de Chamant en 1997, au cours duquel un jeune gendarme de vingt ans a été tué à bout portant, ou encore cet épisode d’intempéries hivernales exceptionnelles avec des centaines d’automobilistes bloqués pendant deux jours sur l’autoroute, plus de carburant dans les véhicules, pas de quoi se chauffer, pas de quoi manger. « Moi je trouvais ça impossible, je me suis proposée comme volontaire ». Les procédures en ont décidé autrement. « Je n’ai pas pu faire ce que je voulais. C’est la Croix Rouge qui est intervenue. Mais quand on veut aider, on peut le faire tous les jours. Si chacun faisait un petit quelque chose, le monde irait beaucoup mieux ».

Aujourd’hui à la retraite, Liliane Germini témoigne d’un souci constant du bien-être d’autrui. Bénévole au service des soins palliatifs de l’hôpital de Senlis, elle consacre quatre heures chaque semaine à des personnes en fin de vie. Il y a des malades ouverts, demandeurs, avec lesquels on passe une demi-heure ou trois quarts d’heure, et d’autres déjà loin du monde des vivants, pour lesquels une présence silencieuse ou un simple toucher peuvent avoir du sens.

Avant de se rendre à l’hôpital ou au retour, Liliane va dans son jardin, où elle se ressource et se sent en paix. Ce jardin, c’est celui de la maison de son enfance, qu’elle a rachetée récemment et où résonne son attachement profond à la Picardie, où elle est née de parents italiens, et à son environnement naturel. Au sein de la Société des Amis des Forêts d’Halatte, d’Ermenonville et Chantilly, Liliane a d’ailleurs bataillé pour la création du Parc naturel régional Oise-Pays de France, qui a vu le jour en 2004. Ce parc protège désormais le domaine forestier de toute construction. « Aujourd’hui le Parc Astérix ne serait plus possible, en tous cas plus à cet endroit, qui était riche en orchidées sauvages ».

S’engager pour la communauté, c’est aussi cultiver l’identité collective et la joie d’être ensemble. C’est ainsi que Liliane Germini s’investit depuis des années dans l’association « Les Figurants de l’histoire » qui fait vivre au présent le patrimoine historique, fierté des Senlisiens. Tous les deux ans la ville se transforme, le temps d’un week-end, en foire médiévale. Les ruelles pavées, les places et le parc du Château accueillent alors des troupes de théâtre, des démonstrations de métiers disparus, des commerces à l’ancienne et des centaines de personnages en costumes d’époque. Ce sont quatre cents costumes et de nombreux éléments de décor (charrettes, paniers, tonneaux) qu’il faut fabriquer et entretenir, six mois de préparation intense pour une équipe d’une vingtaine de bénévoles, et à la fin des milliers de visiteurs réunis, dit Liliane, pour un événement qui est « plus qu’une foire : on devrait plutôt parler d’une grande fête ».

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