Marie-Catherine Conti : « soulever les jupes des mots »

Photographie : Camille Noyon - Texte : Elisabeth Grosdhomme
Marie-Catherine Conti - BAT

Actrice et metteur en scène, Marie-Catherine Conti a exploré avec bonheur tous les aspects du métier de comédien : le cinéma, qui lui a offert de jouer dans une douzaine de films ; la télévision, avec des rôles dans plus de trente séries ou téléfilms qui sont devenus des classiques (Les Brigades du Tigre, Julie Lescaut, ou encore Profilage) ; la radio, en voix off, à maintes reprises pour France Culture ou pour Arte ; mais surtout le théâtre.

A peine diplômée du Cours Florent, Marie-Catherine Conti se voit proposer de jouer le Don Juan de Molière au Théâtre des Mathurins – et même d’y jouer deux rôles opposés, Elvire et Charlotte, au cours de la même pièce. Très vite les propositions s’enchaînent : après Don Juan, ce fut « Six personnages en quête d’auteur » de Pirandello à la Comédie Française, puis « Le jeu de l’amour et du hasard » au Théâtre 347, et ainsi de suite, quasiment une pièce par an.

Quarante ans à s’exprimer sur les scènes les plus prestigieuses, du Festival in et off d’Avignon au Théâtre national de Chaillot, de La Cartoucherie de Vincennes au Théâtre de la Tempête. Quarante ans à s’imprégner des auteurs de toutes les époques et de tous les styles : Shakespeare, Thomas Bernhard, Corneille, Garcia Llorca, Harold Pinter et tant d’autres.

Pour Marie-Catherine Conti, jouer ce n’est pas « faire le malin » pour se mettre en valeur ; c’est incarner la voix de l’auteur, « réveiller les morts » et rendre contemporaine la pensée de dramaturges d’autres âges. C’est le plaisir des répétitions, surtout du travail sur le texte (« tout est dans le texte », dit-elle) jusqu’à pouvoir l’habiter. « C’est partager les secrets des poètes, faire briller les yeux et nous rendre à nos rêves. »

Tôt ou tard, à force de jouer tant de rôles, sous la direction de tant de metteurs en scène, on a envie de passer de l’autre côté du miroir. C’est ainsi que Marie-Catherine Conti a franchi le pas, et s’est lancée dans le défi consistant à adapter pour la scène des textes en prose. Inspirée par « Le huitième jour de la semaine », le roman de Christian Bobin, elle prit rendez-vous avec l’auteur un beau jour de 1994, en espérant qu’il l’autoriserait à adapter son œuvre. « Ces textes, vous les aimez. Alors ils sont à vous », lui dit-il, « et même ils sont de vous ». Forte de ce blanc-seing, elle se mit à l’ouvrage : à partir de textes de prose créer un spectacle de théâtre, imaginer les lumières, les décors, la bande-son, les costumes, …

Une première expérience si intense qu’elle en appelait d’autres. Parmi toutes celles qui suivirent, la plus marquante est la rencontre avec « Les lettres de Toussainte », un roman épistolaire composé des lettres qu’une femme, née en Corse dans les années 1900 puis devenue institutrice dans la France d’outre-mer, envoie à son frère année après année jusqu’à sa mort, traversant le siècle. Touchée par ce texte qu’elle avait découvert à l’occasion d’une lecture en voix off pour une production télévisée, Marie-Catherine Conti décida d’en faire une pièce de théâtre.

Aller de ville en ville pour porter l’histoire de cette « petite bonne femme » durant dix ans, de Paris à Marseille avec des détours par Naples, Alep ou Bamako dans les centres culturels français, reste une expérience inoubliable et, pour elle, l’essence même du théâtre.

Puis ce fut « Quand Même », une pièce élaborée à partir d’entretiens avec l’écrivain Danièle Sallenave, répondant à la question : « Pourquoi fait-on du théâtre ? Et quel théâtre ? »

Presque quarante ans après ses débuts, Marie-Catherine Conti veut maintenant transmettre ce qu’elle a appris : enseigner son savoir-faire à de jeunes comédiens, faire partager sa sensibilité au texte lors d’ateliers de lecture. Et puis parfois, quand même, remonter sur scène, pour diriger ou pour jouer.

A la tête de L’Atelier de Raray, elle conçoit régulièrement des lectures et des spectacles présentés dans le cadre merveilleux du Château de Raray. Dernièrement « Môssieur Prévert » et « Deux Rien » ; plus anciennement, une mémorable représentation de « La voix humaine », cette pièce de Jean Cocteau qui donne à voir une femme au téléphone, recevant le dernier appel de l’homme qu’elle aime et qui va pourtant en épouser une autre. Dans une mise en scène en plein air sur le parvis du château, Marie-Catherine Conti parlait littéralement à l’oreille des spectateurs, par le truchement d’un casque audio remis à chacun pour l’occasion, mariant l’intimité de la pièce à la majesté du lieu.

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