Marie Frémont : de l’or au bout des doigts

Photographie : Camille Noyon - Texte : Elisabeth Grosdhomme
Coincidence

Large sourire, énergie débordante et joie de vivre communicative, Marie Frémont explique avec enthousiasme le métier auquel elle se destine : travailler les métaux précieux pour réaliser des bijoux d’exception.

Après un CAP et un BMA (brevet des métiers d’art) au lycée Amyot d’Inville, à Senlis, Marie est aujourd’hui étudiante en bijouterie-joaillerie à l’Ecole Boulle à Paris, l’école de référence dans cette discipline depuis l’intégration du lycée de la bijouterie Nicolas Flamel.

Ce n’est pas tant l’univers de luxe et de richesse qui l’intéresse dans cette vocation que la recherche du « beau geste », de la forme parfaite : l’arrondi d’une courbe qui tombe juste, ou le miroitement d’une surface parfaitement polie. Et puis la part de soi que l’on met dans la création d’un bijou sur mesure, spécialement conçu pour une personne ou occasion précises. Cette année, alors qu’elle était encore stagiaire dans un atelier sous-traitant d’une grande marque de la Place Vendôme, Marie a réalisé des alliances en or rose : deux alliances différentes, l’une pour monsieur, l’autre pour madame, chacune avec un dessin spécifique, correspondant aux goûts de l’un et de l’autre. Immense fierté que de voir ainsi le fruit d’un travail accompli de bout en bout et de se sentir investie de la confiance de ses aînés dans la profession.

Dans ce métier où la tradition et le compagnonnage comptent beaucoup, diverses innovations techniques viennent bouleverser les pratiques : le dessin par ordinateur supplante peu à peu le dessin à la main ; à partir des maquettes numériques des bijoux à réaliser, on fabrique des moules en impression 3D et on y coule les pièces, en lieu et place du travail manuel, à partir du simple fil d’or, qui prévalait jusqu’à présent.

Marie apprend à maîtriser ces outils et ces procédés nouveaux, indispensables pour obtenir son diplôme, mais elle espère ne pas avoir à s’en servir et pouvoir poursuivre son métier dans la tradition artisanale, idéalement dans un petit atelier de cinq à dix personnes où elle apprendrait de l’expérience de professionnels plus chevronnés.

Au quotidien, la scolarité est exigeante : l’école est à Paris mais Marie continue d’habiter à Nogent-sur-Oise, à la fois parce qu’un logement parisien coûterait trop cher et pour rester proche de sa famille. Ce sont donc plusieurs heures de trajet quotidien, en plus des heures de cours et de travail personnel. C’est aussi un budget important, au point que, passée la joie initiale de se savoir reçue au concours, Marie a failli renoncer (« Mais comment va-t-on payer tout ça ? »). Heureusement, au-delà d’un emprunt qu’il a fallu contracter pour commencer la scolarité, Marie a été sélectionnée par la Fondation Odon Vallet, qui lui attribue une bourse permettant de couvrir ses frais de transport, de repas et de fournitures.

Récemment, lors d’une cérémonie organisée par la Fondation, Marie s’est retrouvée dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne au milieu des deux cents autres lauréats de l’année. L’occasion pour elle, du haut de ses 21 ans, de mesurer le chemin parcouru depuis des débuts scolaires hésitants au lycée de secteur de Nogent-sur-Oise : quatre années au lycée Amyot d’Inville où elle a trouvé le cadre et le soutien nécessaires pour définir sa voie, acquérir les savoirs fondamentaux et prendre confiance en elle ; puis deux années déjà à l’Ecole Boulle, qu’elle quittera l’an prochain, diplôme en poche, pour prendre son envol.

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