Mario Luraschi : la chevauchée fantastique

Photographie : Camille Noyon - Texte : Elisabeth Grosdhomme
Mario Luraschi - BAT

Mario Luraschi est tout à la fois Lucky Luke et d’Artagnan, Napoléon et James Bond, Fanfan la Tulipe et le Marshall Blueberry. Plus exactement, il a incarné tous ces personnages, et bien d’autres, dans les scènes équestres les plus dangereuses ou les plus acrobatiques de leurs aventures cinématographiques.

Mario est dresseur de chevaux pour le cinéma et le spectacle vivant, et cascadeur. En cinquante ans de carrière, il a joué dans plus de cinq cents films et doublé les acteurs les plus célèbres, de Louis de Funès à Terrence Hill, de Roger Moore à Christian Clavier. Avec lui, les chevaux savent danser, sauter dans une rivière, galoper au milieu des flammes et des détonations ou même faire semblant d’être morts.

Ce savoir-faire s’est construit au fil du temps à partir d’une simple passion d’enfant pour les Indiens d’Amérique. Né en Italie, arrivé en France à l’âge de 13 ans dans le sillage de ses parents venus chercher ici du travail, Mario Luraschi tomba sous le charme d’une série télévisée sur les Indiens. Ayant découvert que le décorateur de la série habitait non loin d’ici, à Vineuil Saint-Firmin, il prit la liberté de lui écrire, et de là tout s’est enchaîné. Quelques années plus tard, en 1964, son mentor lui propose de participer à la création de « La Vallée des Peaux-Rouges », un parc d’attraction sur le thème des Indiens situé à Fleurines : Mario accepte et le voilà qui passe ses journées à cheval, montant à crû déguisé en Peau Rouge.

De fil en aiguille, on lui propose de ci de là de jouer les scènes équestres de films pour la télévision et pour le cinéma. Peu à peu, avec le développement de la production audiovisuelle, ce qui n’était qu’une activité épisodique devient un métier à plein temps. Au début, il fallait simplement exécuter les scènes telles qu’elles étaient écrites dans le scénario ; puis fort de son expérience, Mario en vient à conseiller les réalisateurs pour inventer de nouvelles cascades, à dresser les chevaux pour qu’ils soient montés par les comédiens, à former d’autres voltigeurs, à assurer lui-même le tournage des scènes d’action les plus exigeantes.

En cinquante ans, il a vu le métier évoluer. Après l’essor des années 1970 et 1980, les années 1990 ont été marquées par l’arrivée d’une concurrence nouvelle de compagnies de cascadeurs installées dans des pays à plus bas coûts, notamment en Europe de l’Est. A présent, le changement vient des technologies numériques appliquées au cinéma et aux jeux vidéo : les cascades ne sont plus nécessairement tournées dans les décors définitifs du film, mais parfois sur un simple terrain d’entraînement, puis les images sont incrustées numériquement dans le décor au moment du montage.

Mario Luraschi est non seulement cavalier mais aussi entrepreneur. Il est aujourd’hui à la tête d’une cavalerie de 60 chevaux et d’une équipe de 45 personnes – cascadeurs, voltigeurs, mais aussi régisseurs ou palefreniers. Installé à Fontaine-Chaalis, il réalise cependant plus des deux tiers de son chiffre d’affaires à l’étranger. Les mutations du métier ne l’effraient pas, il a su s’y adapter. Il a enrichi son offre de services, en rassemblant une collection exceptionnelle d’accessoires équestres (selles, harnachements, attelages) de toutes les époques et de tous les pays – de quoi équiper cinq cents chevaux. Et s’il en faut plus, il se met volontiers à l’ouvrage dans son atelier, au milieu d’une réserve de tissus, de cuirs et d’ornements soigneusement choisis, pour confectionner de nouveaux modèles, minutieusement copiés sur les originaux.

A son activité cinématographique, il a ajouté le spectacle vivant. C’est lui qui a conçu le spectacle « Buffalo Bill Wild West Show » qu’on peut voir encore aujourd’hui à Disneyland Paris, ou encore le show « Excalibur – Tournament Of Kings » joué depuis plus de vingt ans à Las Vegas. C’est à lui aussi qu’on doit les scènes équestres de « Ben Hur », le spectacle de Robert Hossein qui, en 2006, réunit 280.000 spectateurs en cinq soirées au Stade de France.

Le dernier-né de ses projets le ramène en forêt d’Ermenonville. Il y a récemment racheté la propriété qui appartenait autrefois à Jean Richard (le Commissaire Maigret pour les cinéphiles), y a installé un manège pour chevaux et une immense maison en bois. Ce sera à l’avenir un lieu d’accueil de visiteurs, séminaires et évènements en tous genres pour faire partager, ici et maintenant, l’expérience du contact direct avec les animaux, cette émotion qu’aucun effet spécial ne saurait remplacer.

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