Martin et Samuel Vanlerberghe, brasseurs de Félicité

Photographie : Photokiff - Texte : Julien Damon
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L’un est blond, l’autre châtain. L’un est agronome, l’autre biologiste. Martin et Samuel Vanlerberghe sont deux frères jumeaux bien différents mais unis dans un même projet : le développement d’une brasserie artisanale dans leur village de Montagny-Sainte-Félicité, à une vingtaine de kilomètres de Senlis.

Etudiants, Martin et Samuel brassaient déjà, en amateurs avertis, pour la famille et les amis. « La brasserie, disent-ils, est un défi intellectuel et agronomique. La production d’une bière de qualité relève d’un processus complexe, où entrent en considération mille facteurs et mille nuances qui influencent le goût. Brasser, c’est en premier lieu imaginer, essayer, affiner ».

De la passion amateur à l’aventure entrepreneuriale, il y a le courage de sauter le pas, la chance de pouvoir s’installer sur la ferme familiale, en y réhabilitant une ancienne grange ; puis la débrouille pour s’équiper à moindre coût en rachetant sur « Le Bon Coin » du matériel d’occasion cédé par une ancienne brasserie des Vosges ; enfin la force de conviction pour trouver des soutiens qui mêlent appui des collectivités publiques, financements bancaires et recours aux ressources de l’Internet.

Maîtres des secrets du maltage, Samuel et Martin parlent de leurs produits, de leurs activités, de leur stratégie de développement avec des mots que ne démentiraient pas des patrons de start-up de l’économie numérique.

La production a démarré fin 2015. L’objectif est d’atteindre un premier pallier de 350 hectolitres en 2016, puis de monter en puissance pour remplir les équipements installés, qui permettent d’aller jusqu’à 1 200 hectolitres par an.

La « Félicité » – c’est le nom retenu pour cette bière enracinée – se présente, à partir de trois recettes, sous trois saveurs, blanche, blonde ou ambrée : la Félicité blanche sous capsule bleue, la Félicité blonde sous capsule jaune, et la Félicité ambrée sous capsule véritablement ambre.

L’enjeu à présent, c’est d’étendre le réseau de distribution, de développer la gamme et de faire connaître la marque à l’effigie du clocher de Sainte-Félicité. Samuel et Martin passent leurs samedis dans leur boutique, leurs dimanches sur les marchés, leurs semaines entre les fûts, les machines d’embouteillage et de capsulage, les ordinateurs et les réseaux sociaux. On peut aussi les voir au volant de leur camionnette aux couleurs de la « Félicité », sillonnant la région pour livrer les clients.

A vingt-sept ans, les deux frères offrent le visage souriant d’une agriculture résolument moderne, associant tradition et technologie pour célébrer le goût, la convivialité et la fierté du « Made in 60 ».  D’ici quelques années, le temps de trouver un malteur ad hoc, ils espèrent utiliser l’orge de l’exploitation familiale pour brasser leur bière, et alors la boucle locale sera bouclée, la « Félicité » réellement ancrée dans son village.

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