Nicolas Bilot : donner du sens aux vieilles pierres

Photographie : Photokiff - Texte : Lucas Delattre
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Il n’a pas encore trente ans mais déjà une solide expérience d’archéologue de terrain et d’historien des villes du Moyen Âge. Nicolas Bilot coordonne depuis trois ans les fouilles du château de Montépilloy, édifié vers 1150 par Gui IV Le Bouteiller de Senlis et dominant, à l’époque, de son formidable donjon le comté de Senlis.

Originaire du Pas-de-Calais, formé à Arras, Poitiers et Amiens, Nicolas concède avoir un « parcours un peu perturbé » avec des études d’histoires interrompues en cours de route, l’adoption provisoire du métier de libraire, puis la reprise d’études en archéologie suite aux encouragements d’un professeur d’université ayant décelé en lui les signes d’une véritable vocation.

Sa passion, c’est l’ « histoire de l’histoire », autrement dit l’analyse des traces du passé mais surtout des différentes approches qui ont pu en être faites au fil du temps. A ce titre, dès son mémoire de master universitaire, il s’est intéressé au Valois et en particulier à la région de Senlis, qui est « un cas remarquable de conservation des empreintes matérielles de l’histoire, à quarante kilomètres seulement de Paris ». Ce territoire, explique-t-il, présente la particularité d’être à la fois culturellement homogène et historiquement divers ; toutes les époques de l’histoire y sont représentées et en particulier celles antérieures à l’industrialisation. Certains édifices comme les Arènes de Senlis remontent à la période de la conquête romaine et de Jules César, la « civitas » du peuple des Sulbanectes ayant donné son nom à la ville de Senlis.

Heureux d’explorer les sols de ce qui fut l’Île-de-France historique (même si cela ne l’est plus dans le découpage administratif moderne), Nicolas Bilot se réjouit en particulier d’avoir ici accès à des « parcellaires peu modifiés » et à « un patrimoine rural authentique, souvent non classé ni inscrit aux monuments historiques ».  Le sud de la Picardie, explique-t-il, avait été quelque peu abandonné par les archéologues depuis des années.

En tant que responsable de fouilles programmées, Nicolas travaille surtout l’été, au mois d’août, quand des escouades de volontaires peuvent plus facilement être réunies. Il coordonne alors une équipe « terrain » composée de stagiaires universitaires venus de toute la France, et une équipe de spécialistes capables d’analyser les données recueillies (archéozoologues, archéoanthropologues, archéogéologues, numismates, spécialistes du verre…). « En confrontant les résultats du terrain et l’opinion des spécialistes, on arrive à des faisceaux d’hypothèses et à des conclusions ».

Tout le monde sur le chantier, y compris les experts, travaille bénévolement. Nicolas passe une bonne partie de son temps à « régler des problèmes » sans lien direct avec la science archéologique : la location d’une pelle mécanique pour les grosses opérations en début et fin de chantier, l’hébergement et la nourriture des équipes, … Quelques subventions permettent de couvrir les frais logistiques (DRAC, conseil général, mairie, société historique locale…).  C’est le système D qui s’applique pour la vie courante. En revanche, les investigations doivent être réalisées de manière professionnelle et consignées dans un rapport de fouilles très précis, que Nicolas réalise après chaque chantier et soumet à l’avis d’une commission de contrôle où sont notamment représentés la commission interrégionale de l’archéologie et le service régional d’archéologie.

Pour vivre et payer ses factures, Nicolas Bilot a créé une petite société de recherche et de valorisation du patrimoine, qui aide les propriétaires privés à faire des études historiques et archéologiques mais aussi à ouvrir leur monument au public quand ils le souhaitent.  Ce qui le motive surtout, c’est de faire se rejoindre la science et la médiation auprès du grand public. Il aime vulgariser les choses tout en restant subtil, donner des outils et des méthodes de lecture du passé aux visiteurs qui veulent avoir « autre chose qu’une liste de dates ou des indications sur les tailles des fenêtres dont on ne retient rien ».

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