Philippe Sage : 107.7

Photographie : Camille Noyon - Texte : Elisabeth Grosdhomme
Philippe Sage - BAT

En toute discrétion, dans un bâtiment niché sur le bord de l’autoroute, Senlis abrite les studios de la radio SANEF 107.7 qui accompagne les automobilistes sur leurs trajets autoroutiers du nord et de l’est de la France, de Paris à Dunkerque ou Strasbourg, ainsi que sur le réseau Paris-Normandie, vers Rouen et Caen.

Philippe Sage y est journaliste et animateur depuis 2011, au terme d’une carrière radiophonique commencée à l’aube des radios libres, au début des années 1980.

En y repensant, Philippe Sage dit que la radio a toujours été présente dans sa vie. Enfant puis adolescent, il écoutait déjà les mythiques émissions de Jean-Bernard Hebey, pionnier de la musique pop à la radio avec Salut les Copains sur Europe 1 dès 1966, et de Bernard Lenoir, programmateur du Pop Club de José Artur sur France Inter au début des années 1970.

Bac en poche au début des années 1980, Philippe Sage entame sans conviction des études de médecine, qu’il abandonne rapidement, mais surtout il joue comme guitariste dans un groupe de rock qu’il a formé avec des amis sous le nom de 42ème Rue. Une trentaine de titres originaux composés dans la mouvance de Téléphone, U2 ou The Cure, et une réelle audience, localement à Limoges où il habite, avec une soixantaine de concerts en trois ans, et puis au-delà avec notamment la participation à un « tremplin rock » à Angoulême en 1986, en compétition avec Noir Désir, et des passages en radio, y compris sur des radios nationales.

La radio, justement. Le voyant à l’aise au micro lors d’une interview, le fondateur de l’une des radios associatives de la région lui propose d’animer une émission consacrée au rock. Et c’est ainsi que Philippe fait ses débuts en 1985 sur Limoges Fréquence +. Ni la radio ni le rock ne suffisent cependant à gagner sa vie, et en parallèle Philippe enchaîne une invraisemblable série de « petits boulots » : déchargeur de camions aux halles, poissonnier, ou encore vendeur d’appartements par téléphone.

En 1986, le groupe de musiciens se sépare. Philippe se consacre alors davantage à la radio. Il est recruté par Ariane FM, la radio locale concurrente, un peu plus importante, pour y être non seulement animateur mais programmateur musical et directeur d’antenne.

Ariane FM est bientôt rachetée par Fun Radio. S’ensuivent alors près de vingt ans à naviguer de chaîne en chaîne, d’abord à Paris chez Fun Radio, puis à Aix-en-Provence pour lancer Onde Latine, un mini-réseau régional émettant de Perpignan à Menton, avec une programmation conçue autour de la musique de variété française, puis à Bordeaux sur WIT FM, enfin à Toulouse chez Sud Radio.

Au cours de ces vingt années, le paysage s’est profondément transformé. L’ébullition initiale des radios associatives a laissé place, par rachats successifs, à la constitution de grands réseaux de radios commerciales, pour le meilleur (une réelle professionnalisation du métier) et pour le moins bon (une programmation musicale trop souvent aseptisée et limitée aux succès du moment, à quelques exceptions près comme Radio Nova), voire le pire (un formatage de l’antenne comprenant « un morning avec des animateurs qui rigolent, on ne sait pas pourquoi, une libre antenne le soir avec des auditeurs qui appellent pour raconter n’importe quoi, et rien au milieu »).

En 2010, un peu par hasard, Philippe Sage est entré à Radio France avec pour mission de fabriquer des heures de programme destinées à être vendues à des radios qui ne disposent pas de leurs propres moyens de production. C’est par ce biais qu’il est arrivé sur SANEF 107.7, dont les programmes étaient alors fournis par Radio France. Quelques années plus tard, Radio France a perdu le renouvellement de ce contrat au profit de Mediameeting mais Philippe est resté.

Aujourd’hui il anime des tranches horaires de cinq à six heures d’affilée du vendredi au mardi. Le métier est très particulier. 107.7 a avant tout une mission de service public : informer les usagers de l’autoroute sur l’état de la circulation, avec au minimum un bulletin d’info-trafic toutes les quinze minutes, et plus si la situation l’exige. Tout incident signalé par le PC d’exploitation de l’autoroute doit être annoncé à l’antenne dans un délai de moins de deux minutes. Et les incidents sont légion, dans tous les registres allant du tragi-comique (un piéton assommé par une barrière de péage qui s’est rabaissée sur sa tête, un lion sur la chaussée échappé d’une caravane de cirque, une femme « oubliée » par son mari sur une aire d’autoroute) au réellement tragique (un homme décédé le soir de Noël d’un infarctus au volant, en présence de son épouse et de ses enfants, après avoir eu simplement le temps de ranger sa voiture sur le bas-côté).

Il faut avant tout informer, et puis faire passer le temps à un public hétéroclite, comprenant aussi bien des cadres pressés d’aller au travail que des chauffeurs de poids lourds au long cours. Dans ce cadre très contraint, au cahier des charges rigoureusement défini, Philippe essaie d’apporter le petit supplément d’humour ou de réflexion qui rendra le voyage plus plaisant – et prend parfois des libertés avec la programmation musicale qui lui est imposée, lorsque l’amateur de rock en lui reprend le dessus.

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