Pierre Biol : les sons du monde dans un sous-sol

Photographie : Camille Noyon - Texte : Lucas Delattre
Pierre Biol

Pierre Biol est compositeur de musique électronique. Là où d’autres jouent du violon ou de la trompette, il « joue » de logiciels complexes qui traitent le signal sonore comme une sinusoïde, permettent de le découper, d’en altérer la fréquence ou la texture, d’en assembler des fragments dans des compositions d’un genre nouveau.

C’est ainsi qu’à vingt-trois ans, il passe l’essentiel de son temps libre devant un ordinateur, dans la chambre sans fenêtre qu’il occupe au sous-sol d’une modeste maison d’un quartier pavillonnaire de Senlis. Ses compositions, qu’il appelle des « sons », portent des titres révélateurs de leur caractère de prototypes : « Paranoïd », « Osirus », « Sample Jungle », « Strange Beat » ou encore « Trap beat ». Mais ils intéressent déjà plus de 1200 « followers » dans le monde entier sur une plate-forme de partage musical en ligne. Récemment, des rappeurs un peu plus connus sont venus le solliciter et l’inviter à enregistrer avec eux en studio.

Pourtant, Pierre Biol ne connaît pas le solfège et n’a jamais appris aucun instrument classique. La passion de composer lui est venue à force d’écouter de la musique à tout moment de la journée et même de la nuit, pendant son sommeil. Il a commencé à utiliser des logiciels musicaux sur son ordinateur portable pendant les cours d’amphithéâtre, à la faculté de biologie de Marseille …   « J’ai appris sur un coup de tête, grâce à des tutoriels sur YouTube. Ce que je fais, c’est de la musique assistée par ordinateur, tout se fait à l’oreille. Mais en progressant, je me suis rendu compte des limites que ceci m’imposait et je me suis mis depuis peu à apprendre le piano », dit-il en montrant un clavier électronique posé sur son lit.

La musique c’est une passion, c’est aussi un moyen pour Pierre de gagner confiance en lui. Jusqu’ici, il a exploré de nombreux chemins ; chacun d’entre eux a été source de découvertes et d’expériences, mais aucun ne l’a conduit jusqu’à son terme. Ce fut d’abord le sport de haut niveau, la natation, à raison de cinq heures d’entraînement par jour pendant cinq ans, de la classe de quatrième à la terminale, en se levant chaque matin à cinq heures et demie, pour finalement réaliser que ses performances ne suffiraient pas à l’amener sur les plus hautes marches des podiums. Ce furent ensuite des études de biologie interrompues en cours de route, puis une école d’ingénieur du son quittée avant d’obtenir le diplôme.

Après tous ces tâtonnements, Pierre a aujourd’hui le sentiment d’avoir trouvé sa voie. Ce sera la musique, mais pas n’importe laquelle : la fusion de la musique électronique, qu’il pratique, et des gamelans indonésiens, ces orchestres à base de percussions métalliques qu’il a découverts lors d’un voyage à Djakarta avec son père et qui l’ont captivé comme ils ont envoûté des générations de compositeurs occidentaux avant lui, de Debussy à Steve Reich.

« Un ami rappeur a tilté sur ce style de musique, je repars en Indonésie cet été », explique Pierre. Il résume son rêve en une phrase : « me retrouver en studio avec ce mec de Saint Denis et des musiciens indonésiens de style gamelan ». Pour l’aider à concrétiser ce projet, deux statuettes de divinités asiatiques (un bouddha et une divinité indienne à plusieurs bras), trônent avec bienveillance sur chacune des deux enceintes de son studio.

Themes :