Sabine Saïd : les enfants d’abord

Photographie : Photokiff - Texte : Elisabeth Grosdhomme
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Sabine Saïd aime les enfants. Les siens bien sûr, mais aussi les vôtres, les miens, tous les enfants. Elle est institutrice comme elle aurait pu être infirmière puéricultrice, pour donner aux petits la force de grandir, de prendre suffisamment confiance en eux pour pouvoir aller vers les autres et vers demain.

Dans la classe de Sabine Saïd, on apprend les mathématiques, le français, l’histoire ou les sciences, mais on apprend surtout à comprendre le monde dans lequel nous vivons, à y prendre pleinement sa place, à apprécier les différences qui nous distinguent du voisin et les valeurs communes qui nous en rapprochent. Il y en a pour qui c’est facile, et puis il y a les autres, plus fragiles, déjà un peu abîmés par la vie, déjà en résistance, voire en révolte contre les adultes, contre la société, contre eux-mêmes aussi bien souvent. C’est de ceux-là que Sabine Saïd aime s’occuper particulièrement.

C’est auprès d’eux qu’elle a commencé son métier, avec une première affectation dans une école primaire d’une zone d’éducation prioritaire particulièrement déshéritée près de Lille. Le genre d’école où avant même de pouvoir songer à enseigner quoi que ce soit, il faut d’abord arriver à désarmer l’indifférence, la méfiance, voire l’hostilité des élèves et de leurs parents envers l’institution.

Le secret pour cela, c’est un mélange de fermeté et de bienveillance. D’un côté, la fermeté pour créer un cadre, faire respecter des règles qui certes apportent de la contrainte mais qui aussi rassurent, ne rien céder sur ce que l’apprentissage suppose de travail, de régularité, de persévérance. Et de l’autre côté, une écoute bienveillante car quelle cohérence y aurait-il à réclamer l’attention des élèves sans leur donner la vôtre, sans accorder réellement d’importance à leurs idées, même saugrenues, à leurs questions, même hors sujet ? Quitte à ne pas tout à fait finir, au terme de l’année scolaire, l’ensemble du programme prescrit par les circulaires ministérielles mais du moins ce qui aura été appris aura été bien appris. Et puis il y a la question sensible de la laïcité qui, vue d’une classe d’école primaire, se traduit ainsi : il est impossible de demander à un enfant de CE1 ou même de CM2 de laisser à la porte de l’établissement une partie de son identité – les croyances, les valeurs, les pratiques qu’il vit en famille ; la maîtresse doit faire avec, sinon elle ne pourra que manquer son objectif d’aider chacun à devenir soi.

Hier à Villeneuve d’Ascq, aujourd’hui, depuis huit ans, à Senlis. Et demain ? Demain, lorsque ses propres enfants auront grandi et auront quitté la maison, Sabine Saïd aimerait continuer à s’occuper des enfants des autres mais porter l’horizon plus loin. Enseigner aux enfants d’une autre culture, dans un autre pays ; apprendre à leur contact d’autres manières de vivre, d’autres modes de pensée, d’autres traditions. Rendez-vous au Tibet, Sabine ?

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