Stéphanie Lefebvre : chanter pour fêter, pour soigner et pour prier

Photographie : Jérôme Prévost - Texte : Elisabeth Grosdhomme
Stéphanie Lefebvre - BAT

Stéphanie Lefebvre c’est d’abord une voix. Une voix expressive et vibrante, qui puise son inspiration quelque part entre Véronique Sanson et Barbara Streisand. Une voix née dans la musique pop et la variété, mais qui chante aujourd’hui essentiellement pour parler à l’âme.

Dès l’âge de quinze ans, tout en poursuivant ses études au lycée à Beauvais puis à l’université à Amiens, Stéphanie commence à chanter dans les piano-bars de la région, étendant peu à peu son répertoire de la chanson française au jazz, à la bossa nova, à la pop anglaise.

De fil en aiguille, elle fait son chemin, noue des contacts dans le milieu musical, se forme aux techniques de chant lyrique, d’écriture et de composition, enregistre des maquettes qu’elle envoie à des maisons de disques. Et ça marche. En 2000, Stéphanie signe un contrat avec Sony Music.

L’industrie musicale n’a pas encore pris de front la vague numérique et fonctionne encore « à l’ancienne ». Les maisons de production repèrent des talents émergents, investissent sur eux pour leur permettre, en l’espace de deux ou trois albums, d’établir leur style, trouver leur public, construire leur notoriété et peut-être devenir des artistes vedettes. Pour Sony Music, Stéphanie entre parfaitement dans ce schéma. Elle sort un premier album en 2003, sous le pseudonyme de Lauren Faure, histoire de tenir sa vie privée à l’abri des médias. Le disque rencontre un succès prometteur : 15.000 exemplaires vendus, des concerts en première partie d’artistes plus connus, des passages à la radio et à la télévision.

Et puis patatras ! En quelques années, l’économie du secteur de la musique change du tout au tout. Les émissions de télé-réalité musicales, qui font leur apparition à cette époque (Star Academy et Popstars dès 2001, Nouvelle Star en 2004), viennent bouleverser le mode de détection et « fabrication » de jeunes artistes. Les amateurs de musique prennent l’habitude de s’échanger des fichiers plutôt que d’acheter des CD ; les ventes de disques s’effondrent. Au milieu de ce maelstrom, Sony Music fusionne avec Bertelsmann Music Group pour fonder Sony BMG. Dans le sillage de la fusion, l’entreprise passe au peigne fin son portefeuille d’artistes et décide de ne conserver que les plus confirmés. Stéphanie Lefebvre perd son contrat.

La voilà donc, en 2005, revenue à la case départ. Envers et contre tout, elle décide de continuer à faire ce qu’elle sait faire, chanter, mais dans un tout autre contexte. Elle se forme à la musicothérapie, une discipline encore peu reconnue en France, qui commence pourtant à se structurer à la fois par la pratique et par des travaux de recherche. Le principe est simple : utiliser la musique, et tout spécialement le chant, pour stimuler les fonctions cognitives et relationnelles des patients.

C’est une technique qui s’applique particulièrement aux bébés nés grands prématurés, que l’on aide ainsi à poursuivre leur maturation, ainsi qu’aux personnes souffrant de lésions cérébrales, par exemple des personnes âgées atteintes de maladie d’Alzheimer, dont on peut entretenir les capacités résiduelles. La voix chantée et la musique permettent une communication au-delà des mots. Stéphanie joint le geste à la parole pour nous en faire la démonstration : elle fredonne en s’accompagnant d’un « tambour d’océan » et d’un « piano à pouces », emplissant l’espace d’un son à la fois infiniment doux et infiniment puissant qui, de fait, transporte l’auditeur dans un état de conscience différent.

C’est ainsi que depuis 2007 Stéphanie Lefebvre intervient dans différents établissements de soins du département de l’Oise. Cinq jours par semaine qu’elle passe à chanter pour soigner.

Le soir et le week-end, c’est autre chose : elle chante pour prier, ou pour accompagner les autres à prier. Jusque-là très éloignée de la religion, Stéphanie y a été amenée par les tourments du doute et de la remise en cause : le contrat d’artiste rompu, au même moment des épreuves familiales et personnelles, on ne sort pas indemne de tout cela.

Un beau jour de Carême 2007, elle entre à la cathédrale de Senlis, sans but précis, juste pour trouver quelqu’un à qui parler. Elle y rencontre une écoute bienveillante, puis peu à peu la participation aux chants liturgiques, l’étude des textes bibliques, l’expérience des sacrements. Elle y découvre aussi, au confluent de son goût ancien pour la variété et de sa foi toute neuve, le courant de la pop chrétienne, très développé aux Etats-Unis, encore naissant en France.

Il n’en fallait pas plus pour que Stéphanie se remette à composer. En 2015, elle a ainsi sorti « Aimer », un album de onze chansons, publié sous son vrai nom cette fois, au son pop folk et aux paroles inspirées de textes bibliques. L’album a été financé en crowdfunding via les plates-formes CredoFunding et MyMajorCompany, enregistré en Angleterre dans les célèbres studios Real World, fondés par Peter Gabriel.

Avec ce disque, Stéphanie a récemment été pré-sélectionnée aux Angel Music Awards et invitée à jouer un « concert intime » sur la chaîne de télévision KTO. Elle prépare maintenant activement un nouvel album. C’est une nouvelle carrière d’artiste qui commence, avec moins de paillettes, plus de spiritualité et toujours cette voix si singulière.

Themes :