Sylvie Desaleux, kinésithérapeute sans filtre

Photographie : Camille Noyon - Texte : Lucas Delattre
BAT - Sylvie Desaleux

Le cabinet de Sylvie Desaleux ressemble tout à la fois à une brocante, à un entrepôt de haute technologie et à un antre de sorcière : plusieurs vélos dont un datant de 1920, plusieurs tables de massage, un spa de balnéothérapie, une casserole où bouillonnent des plaques d’argile boueuse pour cataplasmes tièdes, des ballons et disques gonflables, un trampoline et un « Huber Motion Lab », bourré d’électronique, servant au renforcement musculaire et au travail des articulations avec plateau oscillant et poignées sensitives.

Sylvie – prénom et tutoiement de rigueur dans son cabinet, et gare aux contrevenants qui s’aviseraient de lui donner du « vous » ou du « Madame » – est masseur-kinésithérapeute à Senlis. Elle exerce son métier depuis trente-six ans, après avoir repris le cabinet de son père.

« C’est un métier plein de satisfactions. On rencontre des gens de tous milieux, de tous âges, de tous niveaux intellectuels. J’ai toujours aimé les gens. Je suis épicurienne, j’aime la vie et je n’y peux rien, d’ailleurs je ne suis pas sûre que ce soit une qualité », dit-elle en écrasant une Gitane dans un cendrier en coquille Saint-Jacques.

Ce qui anime Sylvie, c’est la volonté de « prendre soin des gens » : leur permettre de vivre normalement ou de se remettre au travail après un accident ou une maladie. Le métier a beaucoup changé en trente-six ans : diversification des pathologies, vieillissement de la population et un certain « ras-le-bol social ou sociétal » qui se ressent sur le physique et le moral des patients.

Sylvie est aussi syndicaliste : elle a présidé le collège des kinésithérapeutes de l’Union des Professionnels de Santé de Picardie pendant cinq ans et n’a jamais cessé d’exercer des responsabilités au sein de la Fédération Française des masseurs kinésithérapeutes-rééducateurs (FFMKR), dont elle est aujourd’hui vice-présidente départementale et membre du conseil fédéral.  Une journée par semaine et un week-end complet tous les deux ou trois mois pour défendre la profession, obtenir une meilleure reconnaissance de la part des médecins ou négocier pied à pied avec la Sécurité Sociale sur la nomenclature, les tarifs, les coefficients.

« J’ai perdu trois fois mon pouvoir d’achat depuis quinze ans », dit-elle. « En 2000, avant le passage à l’euro, un acte moyen me permettait d’aller deux fois chez le coiffeur pour un shampoing/coupe/brushing et même de m’acheter deux paquets de Gitane. En 2016, avec deux séances de kiné, je ne peux même plus aller me faire couper les cheveux ».

Si Sylvie n’avait pas été kinésithérapeute, elle aurait été médecin de campagne. Elle se définit comme « kiné de famille ». Et si elle n’est pas médecin, c’est qu’elle n’était pas assez formatée pour les études. « Je ne sais rien apprendre par cœur sauf les fables de La Fontaine en argot. La version originale, je ne la sais pas. » Et la voici qui récite : « Un pignouf corbac sur un arbre planqué, s’envoyait par la fraise un coulant baraqué. Le renard, par l’odeur alléché, s’en vint lui tenir la jactance : « Salut, beau canari, oh merde ce que tu dégottes, T’es fringué vrai de vrai comme un mec de la haute, … »

Et pour l’avenir, quels projets ? Enseigner, transmettre, et « trouver quelqu’un qui reste ici pour la suite ».

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