Valérie Kaufmann : « Pour que vive mon quartier »

Photographie : Photokiff - Texte : Elisabeth Grosdhomme
BAT - Valérie Kaufmann

Valérie Kaufmann a son franc parler. Comme elle le dit elle-même : « Je mets les points sur les i et les barres aux t. » A vrai dire, elle n’a pas le choix. Sans ce mélange d’énergie et de générosité, de poigne et de bienveillance, elle aurait bien du mal à incarner le projet pour lequel elle se bat depuis quinze ans : faire du quartier de Bon Secours un quartier vivant, actif, solidaire.

Née d’une famille senlisienne depuis cinq générations, Valérie Kaufmann a grandi avec le quartier. Ses parents en ont été parmi les premiers habitants, dès l’achèvement des premiers immeubles en 1966. Bon Secours, tout comme le Val d’Aunette, incarnait à l’époque un urbanisme nouveau, tiré par l’édification de logements sociaux plus confortables et mieux pensés que les constructions hâtives de la décennie précédente : des bâtiments de quatre à cinq étages, avec des balcons, des parkings et des espaces verts, rendant accessibles à de nombreuses familles des logements spacieux et modernes.

Mais une fois passés l’enthousiasme initial et la solidarité des premiers arrivants, ces quartiers n’ont pas toujours bien vieilli. Les promesses de convivialité de l’habitat collectif n’ont pas toujours été tenues. Les populations, essentiellement ouvrières, qui les habitaient ont subi plus violemment que d’autres les effets des restructurations économiques des décennies écoulées. Valérie Kaufmann en est l’exemple : l’usine de plasturgie dans laquelle elle travaillait a été délocalisée ; elle a perdu son emploi. Il lui a fallu se reconvertir. Retour à la case départ, formation pour obtenir l’agrément d’assistante maternelle, et la voilà nourrice agréée depuis 1995.

Alors le choix était simple : laisser aller les choses, ou au contraire prendre les difficultés à bras le corps et tisser soi-même des liens nouveaux pour que le quartier vive. Valérie Kaufmann n’est pas femme à capituler devant l’adversité : elle s’est donc retroussé les manches et a créé en 2002 l’association « Joie de vivre à Bon Secours ». 30 adhérents à l’origine, 300 aujourd’hui, aucun autre agenda que « rigoler, se sentir bien ». Autrement dit : donner aux habitants du quartier l’occasion d’être ensemble, de sortir de chez eux, de partager des moments forts qui deviendront ensuite des repères communs, accueillir les nouveaux arrivants, veiller à ce que les plus âgés ne s’isolent pas, comme ils sont trop souvent tentés de le faire après le décès de leur conjoint. Ce sont des choses toutes simples : des repas de voisinage, des brocantes, des lotos, des excursions, des sorties – un évènement chaque mois, et puis tous les gestes et les attentions du quotidien.

Alors certes une association ne peut pas à elle seule changer la vie d’un quartier. Et Valérie Kaufmann de dresser la liste des limites auxquelles elle se heurte : le vieillissement de la population du quartier ; la méfiance réciproque entre Bon Secours 1 et Bon Secours 2, les deux « tranches urbanistiques » du quartier, construites à cinq années d’intervalle l’une de l’autre, et dont les résidents se mélangent finalement peu, freinant les échanges de services et les mutualisations de moyens qui pourraient bénéficier aux deux parties.

Pour autant, il faut aller de l’avant, trouver dans le verre à moitié plein des raisons de continuer à se battre plutôt que de déplorer le verre à moitié vide. Des quinze ans d’existence de l’association, Valérie Kaufmann retient bien des moments forts, mais s’il faut n’en citer qu’un, ce serait l’émotion de cette mamie âgée de 80 ans qui, après une vie de dévouement à ses enfants et petits-enfants, a vu la mer pour la première fois à l’occasion d’une sortie organisée par l’association.

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